Conférence du 17 mars 2009

Résumé de la conférence de M. Camdessus

Monsieur Camdessus nous a fait l’honneur de sa présence à l’Institution Libre de Marcq mardi 17 mars 2009. Sa première intervention était réservée à un parterre d’élèves de 1ère et de Terminale de l’Institution ainsi que d’autres écoles invitées : Institution Saint Paul et Notre-Dame de la Paix de Lille, La Croix Blanche de Bondues et Saint Adrien de Villeneuve d’Ascq. Le soir enfin il s’adressait à un public nombreux de parents d’élèves de l’Institution. Les propos qui suivent sont un condensé de ses deux interventions pour lesquelles nous fîmes salle comble (environ 760 personnes à chaque fois).

Préambule

Comment ne pas reconnaître les multiples interrogations des jeunes face à une crise qui délabre le monde ? Des jeunes faisant face à une société du « cash ». Un monde où l’on cherche à gagner et jouer « perso ».

Que savons-nous de l’avenir ? Rien de précis bien évidemment, sauf deux ou trois choses. Quelques données démographiques, un climat en évolution, la poursuite de migrations de populations… Voilà l’héritage que nous transmettons aux jeunes et les challenges qu’ils auront à relever. Quelles valeurs pourront-ils actionner pour reconstruire une civilisation humainement vivable et comment faire pour atteindre un bonheur légitime ?

Comme économiste, en dépit des tendances et analyses, que d’incertitudes ? Depuis cinquante ans, les économistes se sont souvent trompés.

Les points sur lesquels nous sommes sûrs :

 

  • C’est que la démographie à l’horizon 2050 n’atteindra pas les chiffres dramatiques de 16.5 milliards d’habitants sur la planète mais plutôt de neuf milliards cinq.
  • L’Europe va stagner. Des pays dépériront, d’autres émergeront.
  • Dès 2020, 200 millions de personnes (réfugiés climatiques) migreront et poseront le problème d’une urbanisation très chaotique qui sera (et qui est déjà) le bouillon de culture d’une certaine violence.
  • L’éveil de l’Asie ; qui est une bonne nouvelle. Le monde est en passe de devenir  multipolaire. Espérons qu’il n’en sera que plus  fraternel.

La mondialisation n’est à priori ni bonne ni mauvaise, elle est ce que nous en faisons. Il faut cependant qu’elle soit le creuset d’un futur vivable. Comment dès lors réduire les incertitudes là où les structures du bien et du mal se côtoient ?

M. Camdessus a connu sept crises depuis 1985. La dernière, celle que nous connaissons actuellement est vraiment une crise de la mondialisation alors que les autres étaient des crises dans la mondialisation.

Les trois premières sont l’héritage du vingtième siècle ; nous n’avons pas pu ou voulu les résoudre.  Dorénavant nous ne pourrons redresser la situation  que si les « sept têtes de cette hydre de Lerne » sont coupées quasi simultanément. Les voici :

  1. La crise de la pauvreté dans le monde notamment en Afrique où la situation est dramatique.
  2. La crise climatique.
  3. L’unilatéralisme  dans beaucoup de rapports mondiaux, chaque pays cherchant des solutions sans concertation avec ses voisins.
  4. Le terrorisme.
  5. La crise énergétique.
  6. La crise alimentaire.
  7. La crise économique.

Concernant la crise économique : à y regarder de plus près,  on s’aperçoit d’une totale impunité de la sphère financière, celle-ci ayant  refusé tout engagement étatique quel qu’il soit. Un microcosme sans foi ni loi, où le cynisme a pignon sur rue, notamment lorsque des « responsables » ont vendu à des particuliers, au moment le moins opportun, des produits financiers qui étaient suicidaires pour les foyers contractants. Il s’agit moins d’une erreur technique (car au moindre écart, ils n’étaient plus solvables) qu’une faute éthique (3 millions de foyers détruits aux USA). Cette crise était donc prévisible et elle avait été d’ailleurs annoncée par quelques esprits éclairés. La récession économique est pernicieuse parce que marquée par une dépression morale aigüe. L’économie défaite et ravagée de la planète se décompose, victime de sa propre idolâtrie, de deux décennies de perdition morale.

N’est-ce pas là l’échec d’un monde où la consommation est présentée comme le seul destin ? Quelles valeurs impulser désormais dans un monde qui s’unifie, comment allons-nous fonder un « vivre ensemble » mondial ?

Monsieur Camdessus décline quelques valeurs fondamentales comme postulats pour les artisans de paix d’un monde meilleur :

  1. Le respect de la dignité humaine : une et incontournable.
  2. La responsabilisation : aucune décision ne saurait être prise sans en connaître, les conséquences (il cite le protectionnisme comme étant fort destructeur pour les pays voisins du pays qui le pratique).
  3. La solidarité : valeur essentielle si l’on considère que nous sommes tous dans le même bateau.
  4. La citoyenneté mondiale : si le monde doit se prendre en main, si nous voulons qu’il est un avenir, c’est à la génération actuelle d’incarner ces valeurs du seul que nous sommes dans le même bateau.

Le modèle économique à envisager pour réparer les dégâts doit être de modérer l’avidité du gain, cette pulsion d’accaparement qui se trouve au tréfonds de l’humain, si tant est qu’on joue le chacun pour soi. Ces n’est pas le modèle capitalisme qui est en cause car Adam Smith, l’un de ses théoriciens a toujours été remarquable par sa modération mais reconnaissons qu’il a été prostitué par des comportements cannibales. S’il n’y a pas le souci de l’autre dans les transactions, nous courrons à notre perte. Pour rester compatibles avec les systèmes naturels, les sociétés d’aujourd’hui vont devoir laisser faire la « main invisible » de l’économie de marché, mais aussi la « main de justice » de l’Etat et enfin la main  de la solidarité.

 Monsieur Camdessus rappelle son profond attachement de chrétien à cette voie de la fraternité qui trouve son origine dans le fait que nous avons tous un père commun : Dieu. Pour tous, il y a des réponses à trouver dans l’Ancien et le Nouveau Testaments.

Certains pensent que l’on peut s’en passer. Dans une certaine mesure peut-être. Mais sans conscience, le monde court à sa perte. Il faut une gouvernance mondiale mue par des valeurs humanistes profondes.

 A nous tous, car nous sommes tous responsables, il revient de choisir la Vie. Un chemin de vie et d’amour véritable.

Notes de lecture de Gilles Corbeaux