PARCE QUE LA NUIT SEULE EST CLAIRE…
Au Wanderer (Andantino en fâ mineur des Six moments musicaux de Franz Schubert)
Ce n’est pas un rêve, tout cela est bien vrai.
Un enfant qui quitte sa maison sous le regard néfaste de Lilith.
Par-dessus les nuages, vol frêle de l’esprit,
s’élèvent dans l’aube les fragments d’un p‚le rêve.
Enfant, dans ce lieu que toi seul connais,
tu emportes avec toi les secrets perdus,
tu donnes des ailes de nuages pouvant disparaître à tout instant.
Mais ce soir, mon rêve m’est revenu intact
et ce soir tu m’es apparu.
*
‘ Wanderer qui sommeille en moi, ne t’enracine pas trop vite !
Wanderer,
tu veilles au grain dans la nuit froide qui t’avale…
Wanderer
qui s’enfonce lentement dans la forêt aux mille secrets.
*
Wanderer,
parce que tu ne les comprends pas,
un jour tu grandiras.
Dans le pays des rêves, tu t’évades pour ne plus penser.
Perdu au beau milieu de cet endroit inconnu,
tu ne sais comment retrouver le chemin de tes rêves.
*
Dans la ville, on peut observer cette lune néfaste
qui transforme qui elle veut,
quand elle veut.
Elle jette ses rayons sans chaleur,
éclairant doucement le paysage,
diamant mat et cependant phosphorescent.
‘ Nuit, ta beauté mystérieuse, tel un enchantement
apaise mon esprit torturé.
J’erre dans ma propre vie,
dans mes propres pensées…
Dans cette ville déserte et sombre,
baignée par l’obscurité de la nuit
qui anime en moi un écho de solitude,
je marche seul dans cet endroit qui m’est insupportable,
ô la haine du monde surgit tel un spectre abominable
et attire jusqu’à lui démence et mélancolie.
*
Ville !… Ville vide !… Néant…
Ville dans la nuit, ville qui s’assombrit et s’assoupit,
laisse donc errer tous ces vagabonds, ces assassins,
laisse-les œuvrer pour l’étrange justice du monde…
Ils rÙdent, maraudent, perdus,
détruits dans ce monde qu’ils ne comprennent pas,
rêvent de la nuit noire et glaciale, de l’errance infinie,
du mauvais œil qui les observe,
de la ville fantÙme qui les attend peut-être ?
*
Lilith, de tes sanglots sanglants tu abreuves la terre,
de maux qui la hantent et la détruisent peu à peu.
‘ Lune ! éblouis-nous de tes reflets luisants,
sans aveugler tes pauvres enfants.
Lilith !… pourquoi changes-tu tous ces hommes en oiseaux maudits ?
*
Mon errance glorieuse est devenue muette et aussi p‚le qu’un souvenir.
Pourtant, c’est dans la nuit noire, Cynthia, que tu me souries et veilles sur moi
pendant qu’un vent de panique souffle sur la ville, vent d’horreur…
Wanderer,
‘ Wanderer, doux rêveur, ne doute plus ! réveille-toi et déploie tes ailes… :
envole-toi vers ces régions inconnues que ton cœur demande encore !…
*
Laissez-moi errer, à travers le monde, découvrir des villes !…
Apprendre les gens !… respirer la terre…
Laissez-moi vivre !…
Envolez-vous, oiseaux maudit : devoirs stupides, injonctions inutiles,
infidélités à soi-même, distance, mensonge, jalousie, moquerie, ennui…
et vous, les pires : hypocrisie, manque de confiance…
*
Le Wanderer s’arrête, marche, courre, vole…
ne sachant où la brise va l’emmener.
Nuit sombre, nuit sans lune,
il se promène plein de rancune.
Nuit, ô Nuit ! toi qui recouvre la terre, qui y cache la noirceur des hommes,
Ange damné pour une humanité damnée,
la Lumière ne brillera plus pour toi.
*
Royaume obscur où se libère nos esprits,
rêves qui émerveillent, rêves qui horrifient, songes qui endorment…
Rêve, Méduse dont le regard nous pétrifie…
Nuit obscure où les rêves perdus errent,
où les regards se fondent et se confondent sans savoir si le jour reviendra…
Nuit noire, nuit profonde, nuit d’angoisse…
La nuit qui libère les désirs, les peurs, les angoisses…
Nuit noire telle la Mort qui rÙde autour de nous avec à ses cÙtés ses dieux éternels.
Lilith, princesse des tourments, dans la nuit noire et glacée sème aux quatre vents
tes fils décapités, porteurs de funestes présages.
‘ toi Lilith, déesse des Enfers, de ton regard jette des braises
qui nous écorchent la peau et nous consumment peu à peu !…
*
‘ Cynthia ! pleine de gr‚ce !…
ne songe pas à t’en aller, à me quitter…
Sans toi, les étoiles ne peuvent plus briller…
Disperse ta poussière d’étoiles dans l’esprit du jeune Wanderer,
qui s’arrête, scrute l’horizon, se perd dans ses pensées nocturnes…
*
J’ai marché doucement, bercé par le balancement des roseaux…
J’ai marché le jour.
J’ai marché la nuit,…
par-delà les champs,
foulant la rosée…
La vague tristesse qui m’animait n’était que le signal
Qui prédisait le début de mon interminable errance.
Pas après pas, j’attins la ville, immense et infinie.
Le vagabond que j’étais divaguait
entre les incompréhensions de sa vie toujours présentes dans son esprit
et leurs ombres amères.
Aujourd’hui, que fais-je sur cette planète déserte ?
Sautillant sur les places et les carrefours, je rêve de mon avenir.
Je me perds dans cette atmosphère de méconnaissance.
Je sombre, abasourdi par les lumières folles qui m’entourent.
Nuit ! tarde à te finir, que le matin tarde à venir !…
Que ma souffrance tarde à commencer !…
Nuit ! sous un ciel étoilé, je ne peux m’empêcher de tout oublier et je ne cesse
de m’envoler vers un autre monde.
*
Ma solitude seule me tue.
Comme un brouillon, reflet mouvant, le reflux bruyant de la ville brille et s’éteint au loin.
Cette ville n’éclaire que mon cœur qui se perd avec elle. Et il y a cette question qui hante la nuit : où se cache-t-elle quand le monde s’ennuit ?…
‘ Nuit ! tu rayonnais de mille feux !… Aujourd’hui, dans la ville où se concentrent les ambitieux projets du monde, je vois tout ce dont je n’ai jamais rêvé.
Dans le limpide brouillard des prédictions des lendemains qui, désormais, je sais, à jamais ne chanteront plus, la peur me suit et me suivra toujours, si je ne la regarde pas dans les yeux.
Lune dans la nuit, Ange dans le royaume des ténèbres, tu perÁois le voile noir de ma tristesse,
‘ demi-lune, Lune occultée, se pourrait-il que Cynthia et Lilith ne fassent qu’une ?…
*
(Lorsqu’un homme rêve, ce n’est qu’un rêve… Mais lorsque plusieurs hommes rêvent ensemble, c’est le début de la réalité.)
AMOUR PERDU
¿ l’inconstant.
La nuit passe, les jours s’écoulent… et mon amour est toujours aussi fort.
Je marche, seule dans la ville déserte, avec pour seules lumières
ces étoiles perdues, tes yeux.
Amour perdu, monde mort,
ce n’est que dans mes rêves que je pourrais te rejoindre,
toi qui, aujourd’hui, te trouve si loin de moi.
Je rêve, je me languis, je somnole.
Mes nuits t’appartiennent en vain.
Mes songes m’emportent loin, très loin…
Et soudain, tout s’arrête.
*
Et j’avanÁais sous cette lune invincible…
Et j’avanÁais sous cette nuit parsemée de vide,
marchant dans la nuit avec pour seule lumière les étoiles
scintillantes dans tes yeux…
Mon cœur errant dans le désespoir,
la Raison emporte mon rêve.
Je marche ainsi jusqu’à une ville remplie de tristesse.
*
‘ Nuit ! toi qui berce au hasard les esprits de mes enfants,
ne les laisse pas sombrer dans le cauchemar qui rÙde à tout instant.
Tu les as ravis, les as emportés loin de moi
pour ne plus jamais me les rendre.
Penses-tu que je puisse encore, sans eux à mes cÙtés, vivre ma vie ?
Nuit de cristal, nuit d’épouvante,
efface-toi à jamais de toutes mes pensées :
laisse place à des nuits remplies de folie,
remplies de rêve à n’en plus finir.
*
Le temps fuit…
Je ne sais plus qui je suis.
Peu à peu, je me suis perdue.
J’essaie de me redécouvrir à nouveau
Mais cela est trop dur pour moi.
Je sais que je n’y arriverai pas,
parce que mon moi m’a quitté, m’a abandonné.
‘ toi, Lune, toi qui brille à demi dans la nuit,
toi qui fais rêver les jeunes amants,
toi qui veille sur tes enfants,
protége le monde des maudites intempéries
qui obscurcissent la vie de ses habitants.
Lune, qui, là-haut, s’allume pour éclairer ma plume.
Bel astre solitaire quand revient le jour,
vois comme une femme peut souffrir d’amour.
Là, où mon imagination se dépose,
sans que je puisse comprendre ce qu’elle signifie,
résiste à mon rêve : il n’espère plus.
Rêve, rêve triste, rêve amoureux, rêve brumeux,
tu m’emmènes dans un pays lointain, m’emportant…
mon frère, assassin du jour, sauveur de la nuit ! toi qui fuis ta ville, qui fuis ton pays, qui fuis ce monde, à la démarche titubante tel le gardien mortel qui veille sur ses enfants.