Présentation de Poèmes au secret de Bruno Doucey,
Présenter une œuvre poétique en deux minutes relève de la gageure. Aussi tenterai-je de faire mon possible pour ne tomber ni dans le fade panégyrique, ni dans le résumé superficiel.
J’aimerais d’abord m’adresser à tous ceux qui considèrent la poésie comme un monologue creux, stérile, fastidieux - afin de les tirer de leur erreur, de les faire changer d’avis sur la poésie et de leur faire comprendre qu’il y a autre chose au monde que les prétendus délices de « la société du spectacle ». A tous ceux-là je préconise la lecture des Poèmes au secret. Paru aux éditions Le Nouvel Athanor, chez Jean-Luc Maxence, ce recueil mêle poèmes et proses courtes, évoquant même par moments les aphorismes de René Char.
C’est René Char, dont on fête le centenaire de la naissance cette année 2007, qui écrivait que la poésie était « traduite du silence » ; mais cela ne signifie pas pour autant que la poésie doit être muette. Bruno Doucey l’a compris : il noue, dans les Poèmes au secret un véritable dialogue. Dialogue entre le poète et une figure féminine d’abord, qu’il interpelle avec la simplicité de l’enfant ; dialogue avec les hommes ensuite. Ici, quelques noms en filigranes affleurent les pages du recueil : celui de Jean Doucey, son père qui est peintre, et puis celui de Gilbert Conan, peintre également. Viennent ensuite ces poètes aux noms familiers : Pierre Seghers bien sûr, mais aussi Léopold Sédar Senghor , et enfin Claude Roy, son ami.
Mais avant tout, le poète s’inscrit dans un dialogue avec le monde lui-même. Bruno Doucey ose prendre le risque du lyrisme, quitte à nager à contre-courant de ce flot d’informations stériles et volontiers inhumaines que déverse notre époque. Lyrique ? Il l’est certainement. Mais alors de ce lyrisme pur, vibrant, sans flonflons, de ce lyrisme de « schiste et de glaise » et de « roche en éclats ».
Si vous acceptez de mettre vos pas dans ceux du poète, vous passerez à travers des steppes arides et des forêts silencieuses. Mais au cœur du silence perce déjà la parole. Parole ?... le mot est bien trop faible… et pourtant on n’oserait dire « Verbe ». Contentons nous d’un mot à notre mesure : le mot « présence ». La voix de B. Doucey est une présence ; elle insuffle vie et mystère au cœur de la matière inerte et anime le monde dans un mouvement inédit.
Mais un texte poétique ne se suffit pas à lui-même. Pour qu’un poème prenne vie, il doit entrer en résonance avec son lecteur. Voilà pourquoi, afin de me faire une idée sur la vitalité d’un texte (c’est-à-dire sa faculté à trouver un écho chez son lecteur), je griffonne généralement quelques vers sur un carnet, parallèlement à ma lecture. Les voici :
Brut
Roche à peine burinée,
Gravure encore inégale,
Patiemment façonnée
Dans une paix minérale.
Ces vers ne m’appartiennent pas, c’est Bruno Doucey qui me les a soufflés au creux de l’oreille. Et l’on comprend alors ce qu’est le véritable secret de ces poèmes : une invitation, une invitation à être.
Stéphane Partiot, Terminale L