Une visitation à Ramallah
Du 24 au 28 février 2011, nous étions 17 membres de la paroisse de la Bonne Nouvelle de Marcq-en-Baroeul, à vivre une visitation aux chrétiens d’Orient. Nous avons vécu quatre jours à la paroisse de la Sainte Famille de Ramallah, logés chez les fidèles de la paroisse. Depuis onze ans déjà, les deux paroisses jumelées entretiennent des liens étroits. Ainsi, pour certains, grande est la joie des retrouvailles.
Ramallah est une ville située à quinze kilomètres au nord de Jérusalem et compte plus de 74 000 habitants. Autrefois chrétienne, la ville compte aujourd’hui à peine 10% de chrétiens. C’est un centre administratif important pour les Palestiniens. Le tombeau de Yasser Arafat s’y trouve également. Il y a plusieurs églises chrétiennes. Eglises grecque orthodoxe, catholique latine, épiscopale évangélique arabe, catholique melchite, évangélique luthérienne et copte. Un conseil réunissant les curés et les pasteurs de ces églises a été créé pour essayer de faire l’unité entre chrétiens et donc de se sentir moins en minorité.
La première journée est marquée par l'accueil du Père Faysal Hijazen, le partage du repas et l'entretien enrichissant avec Monsieur Mohamad Odeh, musulman, membre de l'équipe des négociations Palestine/Israël , chargé des relations avec l'Amérique latine et responsable de la banque nationale du sang. A 17 h, a lieu le premier temps de prière communautaire par la célébration de la messe suivie d'une sympathique rencontre avec le Conseil paroissial.
Journée paroissiale pour le deuxième jour durant lequel 150 paroissiens, enfants, jeunes, familles (soit trois cars) de la paroisse nous accompagnent à Naplouse, avec arrêt au puits de Jacob à Sichem, visite de la communauté paroissiale St Justin à Rafidia (célébration de la messe et partage du repas), sans oublier l'arrêt incontournable pour déguster le konahfa, car « on n'est pas venu à Nablus si on ne mange pas le konahfa. C'est comme aller à Jérusalem sans visiter le Saint Sépulcre ».
Selon nos souhaits, le samedi matin, certains d’entre nous se rendent au Lycée Al Ahliyyah, école du Patriarcat latin, alors que d'autres vont à l'Université de Bir Zeit, à l’école de la paroisse ou à la maternité de Ramallah. L'après-midi est consacré à la visite de la Basilique de la Nativité à Bethléem et à l'église latine de la paroisse Notre-Dame de Fatima à Beit Sahour. Pendant ce temps, à Ramallah, les paroissiens s'activent à la maison paroissiale pour préparer de délicieux plats palestiniens partagés le soir, dans la joie et l'amitié, au son de la musique et entre deux pas de danse sur des rythmes locaux.
Ce temps de visite connaît son couronnement le dimanche lors de la célébration eucharistique paroissiale à 10 h 15 au cours de laquelle 30 servants d’autel, s'engagent à « servir Dieu, lors des liturgies, avec amour, fidélité, zèle et dévouement ». Revêtu de l'aube des servants d'autel par leurs parents, ils reçoivent une croix remise par le Père Faysal. Le sujet de la vocation sacerdotale est abordé par des séminaristes de Beit Jala. Après la messe, un temps de rencontre, de partage, de fête, entre Chrétiens de Palestine et de France se termine par un barbecue à Jéricho et une dernière soirée dans les familles.
Visite de l’école paroissiale
La paroisse de Ramallah a le souci d’instruire et d’éduquer la jeunesse par l’enseignement et une formation humaine et spirituelle. L’objectif est de permettre à chacun, et particulièrement aux plus défavorisés, d’acquérir les connaissances et les compétences indispensables pour construire leur vie d’aujourd’hui et de demain. Il est important que ces adultes en devenirs deviennent responsables de leur vie personnelles, sociale et religieuse afin de leur permettre de rester au pays.
A proximité de la maison paroissiale et de l’église, l’école scolarise +/- 600 élèves, filles et garçons, du CP à la terminale, quelques soit leur religion et les ressources familiales. Les élèves sont majoritairement chrétiens. Mais, depuis cette année, les élèves musulmans représentent 60% des effectifs. Pour le Père Faysal, c’est une préoccupation nouvelle mais il assure qu’il ne faut pas désespérer : d’une part, certaines familles musulmanes préfèrent scolariser leurs enfants dans un établissement chrétien car la question de Dieu est abordée. En effet, les élèves reçoivent une formation religieuse de plus de deux heures par semaine, l’étude de la Bible pour les élèves chrétiens et l’étude du Coran pour les élèves musulmans. D’autre part, ces élèves vivent l’ouverture d’esprit par la formation donnée et par la mixité confessionnelle. Ainsi, chrétiens et musulmans apprennent à vivre, à grandir et à construire leur vie ensemble, dans la connaissance, l’accueil et le respect des autres.
Nous avons visité plusieurs classes et avons remarqué une ambiance à la fois studieuse et joviale. Nous avons également pris le temps de la rencontre avec le corps professoral, composé d’une trentaine de membres, chrétiens et musulmans. L’accueil fut très chaleureux et j’eu la joie de remettre quelques cadeaux de la part du collège. En retour, le père nous a remis un ouvrage présentant l’école de la paroisse.
Ce que nous demandent les chrétiens de Ramallah
Les chrétiens de Ramallah nous demandent tout d’abord de prier pour eux. Une messe est célébrée à leur intention tous les vendredis à 18h30 à la chapelle Saint Jean du Quesne. Le même jour, ils prient également à notre intention. Un soutien financier nous est demandé pour les étudiants, les élèves de l’école. Des volontaires sont recherchés pour les camps d’été. Nous sommes aussi appelé à témoigner de ce que nous avons vu, entendu et vécu en Palestine afin que la réalité de leur situation soit connue.
Action des 5ème au collège pour Ramallah
Régulièrement, des actions sont mises en places par les élèves de 5ème pour aider les chrétiens de terre sainte. Ainsi, le samedi 12 mars 2011 à l’annexe, une vente de pâtisseries, au profit de l’école de la paroisse de Ramallah, a été un succès auprès des jeunes.
Devenir témoin…
Il y a quelques mois, la question de la Palestine m’était encore indifférente. Cela ne m’empêchait pas d’être catholique, animateur pastoral ou encore de suivre des cours bibliques… C’est une amie qui m’a proposé à plusieurs reprises de vivre la rencontre avec les chrétiens d’Orient. Ma réponse s’est longuement fait attendre… Prendre l’avion pour le monde arabe ne m’enchantait guère… Cependant, visiter le pays de Jésus - où plutôt le Jésus du passé - me paraissait tout de même une opportunité à saisir…
Trois évènements allaient permettre une réflexion intérieure. Le premier fut la lecture du Livre de Joseph Fadelle, le Prix à payer, rapportant sa difficile et courageuse conversion au christianisme. Puis, les deux attentats visant les chrétiens d’Orient : tout d’abord à la cathédrale de Bagdad en Irak, puis celui en Egypte à l’occasion du Noël Copte. Avant le départ de ma première visite en Terre Sainte, j’ai pris conscience que l’essentiel n’était pas de visiter le pays de Jésus mais de vivre la rencontre de chrétiens vivant en Palestine, chrétiens minoritaires, privés de certaines libertés. Des chrétiens criant leur joie de se dire et de vivre en chrétien.
Je fus impressionné par leur accueil chaleureux, le dynamisme de leur paroisse et la délicatesse des personnes qui m’ont hébergé. Je fus également profondément marqué par tous leurs sourires.
Je fus témoin d’une Eglise vivante, fraternelle et missionnaire.
Un Palestinien m’a partagé son désir que les Paroles du Magnificat s’accomplissent enfin :
Déployant la force de son bras,
Il disperse les superbes.
Il renverse les puissants de leur trône,
Il élève les humbles.
Il comble de biens les affamés,
Renvoie les riches les mains vides.
Il relève Jacob* son serviteur,
Il se souvient de son amour.
De la promesse faite à nos pères,
En faveur d'Abraham et de sa race à jamais.
Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit,
Pour les siècles des siècles. Amen.
* Certains Palestiniens remplacent Israël par Jacob.
Jean-François BECK



