Confirmands du collège.

Homélie

Confirmation Collège de Marcq

Samedi 6 juin 09

« C’était le soir de Pâques. Les disciples avaient verrouillé les portes du lieu où ils étaient. Ils avaient peur. » Leur ami Jésus qui les avait appelés, avec qui ils avaient marché, lui dont ils avaient été les témoins avait été arrêté, mis à mort… Ils craignaient pour leur vie…  Leurs portes, elles étaient verrouillées par la peur. 

 Il faut que vous les imaginiez,  terrés comme des rats, dans une ambiance qui suait l'angoisse « car ils avaient peur des Juifs... », sursautant au moindre bruit, comme des condamnés à mort en sursis, avec des regards de chiens battus. Ils chuchotaient dans l'ombre.

Regardez-les : cette poignée de disciples ne sont plus que des rescapés. Ils ont le triste sentiment d’être les derniers témoins d'une aventure qui s'est mal terminée. Pour survivre, il ne leur reste plus que quelques mètres carrés coincés entre quatre murs. Ils sont dans les regrets et dans la nostalgie. La maison dans laquelle ils se cachent est un tombeau : ça calme, hein ?

 Ne trouvez-vous pas qu’il y a des jours où nous sommes comme cela, nous aussi ? Et je ne parle pas ici qu’aux jeunes ! Enfermés sur nous-mêmes, emmurés dans nos petites certitudes, tétanisés par notre envie de consommer, chloroformisés par la pensée unique, anéantis par les soucis de la vie ou par la peur de vivre, la peur de soi, la peur des autres, la peur de Dieu aussi… Parce que vivre – je ne sais pas ce que vous en pensez - mais ce n’est pas simple ! Oh bien sûr, il y a des heures insouciantes, des heures légères, mais il y a aussi des moments difficiles et dans vos lettres, vous les confirmands, vous avez osé me parler de ces heures quelquefois rudes : quand à la maison ça ne va pas trop, quand votre cœur est déçu, quand vous galérez pour les études, quand vous êtes confrontés à la maladie de quelqu'un que vous aimez, ou à la mort, ou quand l’actualité sombre du monde vous donne envie de baisser les bras et vous refermer sur vous…

 Or,  nous dit St Jean, « Jésus vient et il était là au milieu d'eux... »

Avez vous remarqué que, dans ce récit, il n'y a pas de transition, pas de parenthèse. Dieu est urgent. La vie n'attend pas.  La résurrection est une naissance ; la présence soudaine de Jésus au milieu des disciples est un arrachement, une déchirure. La Pentecôte ne prévient pas. On ne planifie pas l'action de du Saint-Esprit, elle est soudaine. Jésus leur dit : « Recevez le Saint-Esprit... »

Que se passe-t-il alors ce moment de l’évangile ? Dès lors qu’il est au milieu d’eux, et qu’ils en prennent conscience, les disciples cessent de se regarder dans la glace en se prenant pour leur image. Ils ouvrent les fenêtres et tirent les rideaux. La présence de Jésus au milieu d’eux crée une brèche et, par cette brèche, la vie va reprendre.

Les rescapés du vendredi saint vont devenir les premiers témoins de la résurrection. Les derniers sont les premiers. Un vieux monde, celui de la peur se termine et c’est le début d’un nouveau temps, celui de l’audace qui les entraînera jusqu’aux extrémités du monde.

Si nous sommes là ce soir, si vous êtes là ce soir, c’est parce qu’un jour, dans une maison fermée le Seigneur est entré. Et qu’il a dit à tous ceux qui étaient là : « la paix soit avec vous… »

 Chers amis, je voudrais vraiment que vous compreniez bien ce soir que le cœur de notre foi, c’est Jésus. Le Christ. Le vivant. Nous ne sommes pas les hommes et les femmes d’une religion, notre mission n’est pas d’abord de perpétuer des valeurs ou des rites, mais d’accueillir au plus intime de notre vie, dans nos heures de joie comme dans nos jours de peine, la présence d’un ami : le Christ.  Quand vous demandez la confirmation, ce n’est pas vous d’abord qui venez au rendez-vous. Mais, c’est lui, le Christ, qui vous précède et entre dans votre maison verrouillée.  C’est lui, le Christ, qui allume votre cœur, et vous donne l’envie d’accorder votre vie à la sienne.

 Dans vos lettres, vous avez beaucoup parlé de Dieu, de la religion des valeurs chrétiennes, et vous avez raison. Mais en premier, en tout premier, c’est le Christ qui importe. Je vous invite à faire de lui votre ami, à le choisir comme votre compagnon d’humanité. Je rêve que vous fassiez de son évangile votre livre de chevet, votre source essentielle. Pas pour acquérir des connaissances intellectuelles ou morales sur lui, mais pour entrer en amitié avec lui et apprendre de lui comment bien vivre. Parce qu’il est un maître en humanité.

Je vous invite vraiment - et sans attendre ! - à lire l’évangile : à regarder comment Jésus regarde les gens, à écouter comment il parle à ceux qu’il rencontre, à découvrir combien il fait confiance à ceux qu’il croise, comment il rafraîchit la vie des pauvres de toutes sortes qui viennent à sa rencontre. Et demandez lui, dans votre prière, de savoir vivre, regarder, écouter, faire confiance, rafraîchir la vie de ceux avec qui vous vivez. Comme lui.

 C’est ça, la vie chrétienne, et tout le reste, les rites, les célébrations, est ordonné à ça… « Pour moi, disait St Paul, vivre, c’est le Christ… » Il faudrait vraiment que vous puissiez dire la même chose…

 Le soir de Pâques, les disciples ne sont plus des fuyards, mais des envoyés : « Moi aussi, je vous envoie... », leur dit Jésus. La porte verrouillée devient un chemin, les traqués de la peur « sont alors remplis de joie... ». Et pourtant ce sont bien les mêmes disciples, les mêmes pauvres hommes et les mêmes pauvres femmes. Ce sont les mêmes, mais ils sont devenus autres.  C'est une Pentecôte : et l’Esprit a soufflé.

 Ce soir, en demandant le sacrement de la confirmation, vous répondez à l’appel du Seigneur.  Oh bien sûr, vous ne savez pas tout de lui; bien sûr qu’il y a des doutes qui vous traversent et c’est normal ; bien sûr vous avez peut être quelquefois l’impression de ne pas vivre très proche de lui, mais peu importe.  Ce qui importe ce soir, c’est que vous lui disiez : « Voilà, Seigneur, je viens avec tout ce que je suis, et tel que je suis… et je te demande, s’il te plaît, ce soir de raviver l’Esprit que tu a mis en moi au jour de mon baptême. Je te demande de réveiller, par le sacrement de la confirmation, le feu qui couve sous ma cendre, de rafraîchir mon existence, de lui donner son véritable sens ; donne à ma vie des audaces nouvelles, chasse toutes mes craintes de marcher à ta suite… » C’est ça, me semble-t-il, le sacrement de la confirmation.

 Je vais, dans quelques instants, au nom de notre évêque, vous donner le sacrement de la confirmation. Ce n’est pas moi qui vais faire des choses… mais c’est le Christ qui va agir en vous. Je voudrais vraiment que vous accueilliez l’imposition des mains et l’onction de Saint-Chrême, comme un cadeau, comme les signes de l’extrême tendresse et de l’incroyable confiance de Jésus pour chacun de vous…

 Ce soir, le Christ fait sauter les verrous. Il va ouvrir vos portes. Vous n’allez pas forcement « ressentir » quelque chose. Mais je sais, je crois, l’Eglise croit que le Seigneur va refaire pour vous ce qu’il a fait au soir de pâques.  Il va ouvrir pour vous un espace nouveau,  il va créer dans chacune de vos vies un courant d'air.

Il va vous dire : « Diane, Lambert, Teddy, Louise, Florent, Claire et Léonie, - et à tous les autres aussi - je vous envoie ». Et vous aurez à vivre en témoins de lui. C'est à dire à prendre votre part de responsabilité dans la construction d’un monde plus juste et plus fraternel. En mémoire de lui. Pour que d’autres se prennent à son feu. Pour que d’autres le reconnaissent comme le Seigneur et le maître de la vie.

 Dans vos lettres, vous m’avez dit, et j’en suis très touché, tout ce que vous avez envie de vivre, vos projets : vos envie de vous engager dans des mouvements d’Eglise ou des mouvements humanitaires, des envies de prendre des responsabilités dans la vie de la société, des envies de fonder une famille, de prendre votre place et d’êtres citoyens du monde. Sortez. Sortez de vous mêmes. N’ayez pas peur de vivre au monde. Et de vivre en mémoire de lui...

 Comme je voudrais que vous l’entendiez, le Christ, vous dire : « Baptiste, Nicolas, Marie, Sophie ... - et tous les autres - j’ai besoin de toi, dans mon Eglise, pour dire au monde que la vie ça vaut le coup, et que moi, Dieu, je suis pour la vraie vie… pas la petite vie de 4 sous, mais une vraie vie, une vie en abondance. »

 Ce soir, il vous dit : « J’ai besoin de vous… Louis, Maÿlis, Edouard, Victor ... - et tous les autres - parce que moi, le Christ, je rêve que les hommes et les femmes d’aujourd’hui connaissent mon Père, qu’ils chassent de leur tête et de leur cœur toutes les fausses idées qu’ils peuvent avoir de Dieu. Il y en a tellement qui pensent que Dieu c’est un dieu qui écrase, qui punit… Il est pas comme cela et moi, le Christ, j’ai besoin de vous pour les gens le comprennent. »

 Il dit – ce soir – « Allez  Camille Aurélien, Claire et Mathilde, et tous les autres, je vous envoie au devant de moi, parce que ce vieux monde ne va plus très bien, qu’il marche sur la tête… et je rêve que les hommes deviennent plus solidaires, et que tous les peuples se développent, qu’il y ait plus de justice… et sans vous, moi, tout Seigneur que je suis, je ne peux rien faire… »

 Et il sait bien, le Christ, qu’il peut compter sur vous.

Il se prend, le Christ,  à vos rêves de vivre… Il va leur donner corps si vous choisissez de lui prêter vos libertés de jeunes…

 Ensemble, nous le prions de continuer en vous tout ce qu’il a commencé…

 

Raphaël Buyse, vicaire épiscopal pour le monde scolaire et universitaire.

6 juin 2009