La lettre pastorale de Mgr Laurent Ulrich
"La joie du Seigneur est notre rempart"
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Laurent ULRICH
Archevêque de Lille
Lille, le 11 août 10
Lettre à tous ceux qui travaillent dans l’Enseignement catholique
Chers amis,
Une nouvelle année commence, et je vous espère reposés après ces mois d’été. Vous avez repris le chemin de vos établissements, et c’est maintenant le moment d’avancer.
L’an dernier, nous avons fait ensemble un beau pas en avant avec la mise à jour et la diffusion massive du projet de l’Enseignement Catholique de notre diocèse. J’avais souhaité, souvenez-vous, qu’un « document grand public » précise en langage simple ce que nous voulons proposer aux familles qui s’adressent à nous. Ce document a été rédigé, diffusé et travaillé dans bien des lieux. Les échos qui me reviennent sont largement positifs, et je m’en réjouis. Mais nous ne sommes pas au bout du chemin, il faut avancer encore : je crains parfois qu’on ait lu rapidement ce feuillet de 4 pages intitulé L’Enseignement catholique : des écoles, collèges et lycées pour la vie, et qu’on l’ait vite rangé !
Nous venons de fêter le 50e anniversaire de la loi Debré qui fixe le cadre d’existence de nos établissements et en précise les contours. Dans le cadre de cette loi, il nous reste possible de vivre beaucoup de choses et d’être plus inventifs encore sur la question des rythmes, des pédagogies, et surtout sur nos projets éducatifs qui doivent trouver clairement leur source dans l’Évangile. C’est notre raison d’être, il faut nous le redire !
Il y a quelques semaines, à l’occasion du « 1° rendez-vous de la liberté éducative », le Secrétariat général de l’Enseignement catholique a publié un document très intéressant qui nous invite « à mettre résolument le cap sur l’exploration éducative. Cet esprit d’exploration qui ose interroger les habitudes, les évidences, les impasses apparentes, et qui n’a de sens que s’il s’ancre dans la réalité, dans l’épaisseur du quotidien en accordant toute leur place à l’imagination et à la rencontre ». Je fais mien le vœu qu’Eric de LABARRE formulait aux participants de cette journée nationale : «… poursuivre dans la voie de la liberté et de l’exploration, parce que c’est, à vrai dire, la seule route possible pour l’école catholique ».
Cette orientation qui vaut pour notre pays entier est maintenant à traduire dans un contexte diocésain particulier. Je voudrais donc cette année que nous avancions sur la question de la Tutelle diocésaine.
Mais il faut avant cela lever une ambiguïté : lorsqu’on entend le mot « tutelle », il n’est pas rare que cela nous fasse penser à l’idée d’insuffisance ou d’incapacité. La tutelle est alors entendue comme une « mesure de protection ou de sauvegarde ». Lorsqu’on parle de « tutelle », dans l’Enseignement catholique, qu’elle soit congréganiste ou diocésaine, nous ne sommes pas dans cette logique-là, mais au contraire dans une logique de commune responsabilité que nous avons à vivre ensemble. La chance – et la force - de l’Enseignement catholique, c’est que chacun est responsable de l’ensemble.
Une femme de notre temps, ayant découvert la foi à l’âge de vingt ans et très investie dans le service social, écrivait : « le témoignage d’un seul, qu’il le veuille ou non, porte sa propre signature. Le témoignage d’une communauté porte, si elle est fidèle, la signature du Christ ». Cela vaut également pour nos établissements : une personne qui vivrait seule dans son établissement et qui ne porterait que ses propres projets, ou un établissement qui vivrait fermé sur lui-même, uniquement soucieux de lui, de son projet, de son économie et de ses effectifs seraient des contre témoignages de ce que veut être l’Enseignement catholique. Plus encore qu’hier, dans un contexte démographique, social, culturel et économique que vous savez difficile, il faut que nous nous interrogions sur nos solidarités et nos capacités de « faire corps ». Je parle bien de toutes nos solidarités : elles sont nombreuses.
Je vous suggère même d’aller voir dans l’Évangile comment le Christ envoie toujours ses disciples deux par deux au-devant de lui : jamais seuls ! Je salue vivement et j’encourage tout ce qui peut mettre nos écoles, nos collèges, nos lycées, le 1° degré et le 2° degré en réseau, en communion, en sympathie. Au-delà de l’efficacité, il y a un témoignage que nous devons porter à notre société et notre monde en a besoin.
Revenons à la Tutelle. Certains établissements de chez nous sont sous « Tutelle congréganiste » : ils s’inscrivent dans la trace d’un grand fondateur (Don Bosco, Nicolas Barré, Jean-Baptiste de la Salle, etc.). J’en profite pour saluer le beau travail que font ces tutelles et les remercier pour leur contribution à la vie de l’Enseignement catholique diocésain.
Mais la grande majorité de nos établissements est sous « Tutelle diocésaine » : elle n’est pas d’abord administrative, associative ou juridique. La « Tutelle diocésaine » doit avant tout être un souffle, un courant, un « bon air » dans lequel nous voulons nous tenir ensemble. Elle est cette façon originale de vivre, dans une légitime diversité, une même communion dans notre diocèse et d’avancer ensemble dans le service public d’éducation des jeunes qui nous sont confiés.
Un diocèse ne ressemble pas à un autre, à cause de l’histoire, de la géographie, du contexte socio-culturel, et surtout des hommes et des femmes qui le composent. Dans la lettre pastorale que je vous ai envoyée en février de cette année, je vous ai tracé – vous l’avez sans doute lu – quelques traits caractéristiques de notre diocèse et quelques étapes que nous pourrions faire ensemble alors que notre diocèse s’apprête à fêter ses 100 ans. Dans la vie de notre diocèse, l’Enseignement catholique a une place particulière, originale et importante à tenir. Comme pasteur, je compte vraiment sur l’Enseignement catholique pour que l’évangile soit annoncé et reçu par les jeunes générations, et aussi par les adultes qui y servent, comme une bonne nouvelle. Le « Conseil de tutelle » a mission d’y veiller, et de promouvoir cela avec vous tous.
Pour avancer sur cette question tellement importante pour l’avenir de l’Enseignement catholique, je souhaite qu’une Assemblée de la Tutelle diocésaine soit organisée dans les mois qui viennent. Je voudrais qu’elle rassemble, pour quelques heures, toutes les personnes qui se sentent concernées par cette question : enseignants, parents, personnels, gestionnaires, et aussi des jeunes naturellement ! Chacun pourrait y dire ses souhaits, ses attentes, ses propositions, et partager quelques initiatives et convictions. Le Conseil de tutelle pourrait alors reprendre tout cela et faire quelques propositions concrètes pour aller de l’avant vers un Enseignement catholique véritablement diocésain. Il faut que nous nous donnions la liberté d’explorer le possible. Tout n’est pas écrit encore.
Nous avons besoin les uns des autres, et cette « dépendance » est une bonne nouvelle. Elle nous lie pour une mission commune, pour le service des enfants et des jeunes.
Je vous redis mon amitié et vous souhaite une belle nouvelle année scolaire.
+ Laurent ULRICH, archevêque de Lille