Pourquoi une institution libre?

 

Depuis le décret de Napoléon du 17 mars 1808, l'État s'est réservé le monopole de l'enseignement : « Aucun établissement quelconque d’instruction ne peut être formé hors de l’université, et sans l’autorisation de son chef  » et ni la restauration de 1818, ni l'arrivée des libéraux qui accèdent au pouvoir en 1830 n'en modifient le texte et l'esprit. L'enseignement reste un monopole d'État sous prétexte d’assurer une unité d’enseignement mais cela a surtout la mission d’enseigner la fidélité au régime en place.

Lorsque le comte de Montalembert cherche à rompre cette main-mise et ouvre une école libre le 9 mai 1831 à Paris, tout pair de France qu'il est, il est assigné devant le tribunal correctionnel et condamné. L'école sera fermée et les maîtres traduits en justice.

        L'affaire fait néanmoins grand bruit et Guizot doit partiellement céder aux partisans de la liberté d'enseignement en concédant à des particuliers en 1833, le droit d'ouvrir des écoles primaires moyennant certaines garanties de capacité et de moralité. C’est une première victoire : la liberté de l’enseignement primaire.

Mais la liberté n’existe pas encore. L’Université peut seule, autoriser l’ouverture d’une école d’enseignement secondaire. De plus, dans toute la France, chez les libéraux sincères, les indépendants et les catholiques, on sent un immense désir de sortir de cet asservissement.

C’est pourquoi, le 14 mai 1834, quelques prêtres du diocèse d'Arras fondent la Société civile de Saint-Bertin qui a pour but l’éducation de la jeunesse à laquelle tous les membres s’engagent à travailler. Ils reprennent à leur compte le petit séminaire de Saint-Omer et l'école de Dohem qui avaient survécu à la tourmente révolutionnaire.

Le succès est complet et, rapidement, l'établissement attire des enfants du Nord, ce qui incite un groupe de chrétiens lillois, futur créateur de l’Institution Libre au nombre desquels se trouvent MM Edouard Lefort, Auguste Scalbert, le sénateur Charles Kolb et les frères Bernard, et dont l'âme est l'abbé Wicart, doyen de Sainte-Catherine de Lille, à rencontrer ces prêtres qui se disent disposés à ouvrir un établissement dans le Nord pour y assurer l'enseignement.

Le 15 octobre 1840, le Collège ouvre donc ses portes. Il ne possède alors que 10 élèves.